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Critique et avis sur La Casa de Papel : la série vaut-elle le succès ?

Publié le 20/03/2026 La Casa de Papel
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La Casa de Papel a surgi comme un véritable séisme dans le paysage sériel mondial. Créée par Alex Pina, la série espagnole a d'abord été diffusée sur Antena 3 avant qu'une plateforme de streaming majeure ne lui offre une visibilité planétaire. Le concept passionne dès le départ : huit braqueurs pénètrent dans la Fabrique nationale de la monnaie et du timbre à Madrid, retiennent 67 otages et impriment 2,4 milliards d'euros, sous la direction du Professeur depuis l'extérieur. Sur AlloCiné, les spectateurs lui accordent une note de 4,1 sur 32 604 votes, tandis que la presse plafonne à 2,9 sur 6 titres. Cet écart dit déjà beaucoup. Ce succès phénoménal est-il vraiment mérité ?

Ce que les spectateurs et la presse pensent vraiment de La Casa de Papel

Un engouement populaire massif mais nuancé

Avec 32 604 notes et une moyenne de 4,1 sur AlloCiné, l'enthousiasme du grand public ne fait aucun doute. Certains spectateurs parlent carrément de chef-d'œuvre, la plaçant parmi les meilleures séries de tous les temps. D'autres, plus sévères, la jugent totalement surcotée, décevante et portée par un buzz artificiel.

La vérité se situe probablement entre les deux. Le phénomène culturel est indéniable : les masques inspirés de Dalí, les combinaisons rouges et le chant de Bella Ciao ont envahi carnavals et manifestations à travers toute l'Europe. La série est devenue un symbole au sens propre du terme, bien au-delà du simple divertissement télévisuel.

Netflix a joué un rôle déterminant dans cette ascension. Ses algorithmes ont amplifié le bouche à oreille, propulsant la série au rang de production la plus regardée en Europe sur la plateforme. Un succès construit aussi sur la mécanique rodée du suspense et des rebondissements.

Pourtant, la majorité des spectateurs s'accordent sur un point : la série aurait dû s'arrêter à la fin de la saison 2. Les saisons 3, 4 et 5 récoltent des critiques sévères pour leur baisse de niveau flagrante, leur scénario creux et leur perte d'essence. Un constat que l'on retrouve régulièrement quand on suit les avis sur les œuvres disponibles sur les différentes plateformes.

Ce que la presse spécialisée retient de la série

La note de 2,9 attribuée par la presse sur AlloCiné tranche nettement avec l'engouement populaire. Les critiques professionnels reconnaissent l'efficacité de la formule, mais refusent d'y voir une révolution du genre.

Le Monde salue une fiction avant tout politique, hymne au courage et à la pensée critique. Le Point reconnaît un caractère proprement hispanique, affirmant même que la série représente ce que l'Espagne fait de mieux côté sériel, sans pour autant bousculer les codes du genre. Ecran Large la compare à Prison Break saison 1 pour son rythme efficace et ses personnages attachants, sans en faire une grande série.

Les Inrockuptibles valorisent la dimension post-crise financière et le mythe de Robin des Bois revisité, tout en pointant un argument jugé un brin populiste. Télérama parle de divertissement malin, intrigant mais inégal, soulignant le rôle de Netflix sans crier au génie. Enfin, aVoir-aLire est plus cinglant : des personnages mal écrits, une série qui affiche ostensiblement sa nervosité et son intelligence sans vraiment les incarner, et qui n'aurait finalement que de la gueule sans profondeur réelle.

La convergence critique est là : la série est efficace, captivante sur le court terme, mais elle ne s'élève pas au niveau des grandes œuvres du genre. Comparée à Ocean's Eleven pour son concept de braquage jubilatoire, elle emprunte aussi à Tarantino l'idée des noms de villes donnés aux personnages — Tokyo, Berlin, Moscou, Denver, Nairobi, Helsinki, Oslo.

Les forces indéniables des premières saisons

Les saisons 1 et 2 récoltent des notes entre 3,5 et 4 étoiles chez les spectateurs. Et pour cause : le rythme est une arme redoutable. La tension monte crescendo, le montage ne laisse aucun temps mort, et les cliffhangers s'enchaînent avec une efficacité presque jubilatoire. Le concept du braquage, simple et accrocheur, fonctionne à plein régime.

Le casting brille particulièrement dans ces premières saisons. Úrsula Corberó incarne Tokyo avec un charme magnétique. Pedro Alonso donne à Berlin une profondeur fascinante, mêlant cruauté et élégance. Álvaro Morte compose un Professeur passionnant, cerveau froid et calculateur, dont la psychologie se révèle par touches successives.

Les flash-back constituent l'un des atouts majeurs de la narration. Ils dévoilent progressivement le passé des héros, donnent chair à des braqueurs bien plus complexes que de simples criminels, et alimentent la relation troublante entre otages et ravisseurs, incluant un syndrome de Stockholm particulièrement bien traité.

  • La dimension contestataire reste l'un des aspects les plus originaux de la série : les combinaisons rouges rappellent Guantanamo, les masques de Dalí évoquent les Anonymous, Bella Ciao convoque la résistance antifasciste, et la référence aux Indignés de la Puerta del Sol ancre le récit dans une révolte sociale authentique.
  • Le butin de 2,4 milliards d'euros n'est pas choisi au hasard : il dénonce volontairement la spéculation financière et place les braqueurs du côté symbolique du peuple contre les institutions.
  • L'équilibre entre policiers et braqueurs — notamment les négociations menées par Raquel Murillo — apporte une vraie tension dramatique et rend les deux camps attachants.

La chute des saisons suivantes : les raisons d'une déception

À partir de la saison 3, le scénario décroche sérieusement. Les spectateurs parlent de dégringolade, de série tournant en rond, incapable de retrouver l'essence de ses débuts. La saison 3 est qualifiée de nullissime par plusieurs d'entre eux.

Les exemples d'incohérence et d'invraisemblance s'accumulent rapidement. Le Professeur fait office de sage-femme en trois minutes chrono. Arturo court et tire au lance-flamme avec une balle dans la cuisse. Un personnage arrache un pylône sur les épaules d'un autre. Ces scènes ridicules, loin de générer du suspense, provoquent surtout un sentiment de ringardise et de sensationnalisme raté.

La saison 5 concentre les critiques les plus virulentes. Sa première partie se déroule dans seulement trois décors, ne propose que cinq épisodes, et s'avère être une succession ininterrompue de fusillades sans avancement narratif. Les dialogues atteignent un niveau zéro, les répliques sont comparées à un nanard, et les personnages de Tamayo et d'Alicia Sierra font l'objet de moqueries appuyées.

La narration de Tokyo en voix off, déjà jugée dispensable dès les premières saisons, devient franchement inutile dans les dernières. Elle ne fait pas avancer le récit et alourdit une atmosphère déjà plombée par des longueurs répétitives.

Le cas Berlin est symptomatique. Mort à la fin de la saison 2, le personnage reste présent pendant quatre saisons supplémentaires via des flash-back. Pour beaucoup, c'est l'aveu indirect que les scénaristes ont sacrifié leur personnage le plus intéressant trop tôt, et tentent de combler le vide laissé. Le côté soap opéra de la série, avec ses histoires sentimentales omniprésentes — notamment la relation entre le Professeur et Raquel Murillo, devenue fatigante — ralentit artificiellement l'intrigue et nuit à la crédibilité d'ensemble.

La saison 5 partie 2 se montre légèrement moins violente, plus émotive, et offre un dénouement que certains spectateurs jugent mérité. D'autres le trouvent trop facile, trop prévisible, un climax en demi-teinte pour une série qui, à son meilleur, méritait bien mieux. La Casa de Papel reste un phénomène sériel incontestable, portée par deux premières saisons captivantes et une identité visuelle forte. Mais sa trajectoire descendante illustre parfaitement les limites d'une série étendue au-delà de son potentiel narratif, sacrifiant qualité et réalisme sur l'autel du succès commercial.