Frankelda sur Netflix : le stop motion mexicain révolutionnaire
Le 12 juin 2026, Netflix accueille un film qui marque une étape inédite dans l'histoire de l'animation latino-américaine. Je suis Frankelda débarque sur la plateforme avec un statut particulier : celui du premier long métrage mexicain entièrement réalisé en stop motion. Pas une série, pas un court métrage — un vrai film de cinéma, façonné image par image, avec des décors artisanaux et des personnages en volume.
Un premier long métrage mexicain en stop motion qui repart de zéro
Derrière ce projet, on retrouve les frères Arturo Ambriz et Roy Ambriz, déjà connus pour avoir créé la série animée Frankelda's Book of Spooks. Ce film en est le préquel direct : il raconte les origines de l'héroïne, avant qu'elle ne devienne la figure qu'on connaît dans la série. À la base, le projet était pensé comme un programme court pour HBO Max. Il a grandi bien au-delà de cette ambition initiale.
La production réunit quatre structures : Cinema Fantasma, Warner Bros. Discovery, Cine Vendaval et Woo Films. La musique est signée Kevin Smithers, la photographie est assurée par Fernanda G. Manzur et Irene Melis, et le montage est confié à Gabriel Acuña. Le casting vocal original inclut Mireya Mendoza dans le rôle titre, Arturo Mercado Jr. en prince Herneval, et Luis Leonardo Suárez qui prête à la fois sa voix chantée à Herneval et incarne Procustes.
Ce qui frappe d'emblée, c'est la cohérence entre la technique choisie et le sujet du film. Le stop motion donne une texture artisanale immédiatement reconnaissable — chaque décor semble sorti d'un grimoire ancien, chaque monstre paraît modelé dans l'argile ou le papier mâché. Cette matérialité visuelle colle parfaitement à l'univers de dark fantasy gothique que les frères Ambriz ont construit. On suit ici le même instinct que des productions comme Wallace & Gromit : La palme de la vengeance, dont le retour récent a rappelé à quel point le stop motion peut être un langage à part entière, pas un simple choix esthétique.
Francisca Imelda, une écrivaine du XIXe siècle prise entre deux mondes
L'histoire se déroule dans le Mexique de 1866. Francisca Imelda est une jeune femme qui veut écrire des récits d'horreur. Sa mère vient de mourir, sa grand-mère s'oppose à ses ambitions, et pourtant elle continue d'inventer des créatures et un royaume parallèle qu'elle appelle Topus Terrenus. Ce qu'elle ne sait pas encore, c'est que ce monde existe réellement dans une autre dimension.
Dans ce royaume nourri par la peur humaine, le prince Herneval apprend l'existence de Francisca. Son territoire décline : les humains ne craignent plus assez ses créatures, et le Topus Terrenus s'étiole. Il cherche alors cette jeune autrice pour lui confier une mission précise — devenir celle qui inventera de nouveaux cauchemars capables de régénérer son monde. Ce qu'il lui propose tient autant de la proposition artistique que du piège.
Voici les grandes forces narratives qui structurent le film :
- La double vie de Francisca, écrivaine refusée dans son époque et convoitée dans une autre dimension
- Le personnage de Procustes, conteur rival qui cherche à s'approprier son travail
- La relation complexe entre Frankelda et Herneval, entre alliance et manipulation
- Le motif de la création artistique comme territoire à défendre
Francisca tente de publier sous le pseudonyme Frankelda, ce qui dit déjà beaucoup sur la réalité des femmes créatrices au XIXe siècle. Le film ne se contente pas de raconter une aventure fantastique : il met en scène la lutte d'une créatrice pour que son œuvre lui appartienne. Procustes, le vaste antagoniste, ne cherche pas à tuer Francisca — il cherche à voler ses histoires. C'est nettement plus inquiétant.
De Guadalajara à Annecy : le parcours festival qui précède Netflix
Avant d'arriver sur la plateforme, Je suis Frankelda a fait ses preuves sur la scène internationale. Le film a ouvert le Festival international du film de Guadalajara le 6 juin 2025, ce qui représente déjà une reconnaissance significative pour une production d'animation mexicaine.
| Festival | Résultat |
|---|---|
| Festival international du film de Guadalajara (juin 2025) | Film d'ouverture |
| Festival international du film d'animation d'Annecy | Sélection officielle |
| Festival Fantasia | Silver Audience Award + mention spéciale du jury |
La sélection au festival d'Annecy — référence mondiale en matière d'animation — confirme que ce film dépasse le cadre régional. Le Silver Audience Award obtenu au Festival Fantasia ajoute une dimension supplémentaire : c'est le public lui-même qui a plébiscité le film, pas seulement les jurys professionnels.
Pour qui suit de près les nouveautés disponibles sur les plateformes de streaming, ce titre mérite clairement d'être ajouté à sa liste d'attente avant le 12 juin. Le stop motion mexicain n'avait jamais atteint ce format ni cette ambition — et Netflix offre à ce film une visibilité mondiale qu'aucune distribution traditionnelle n'aurait pu garantir. Reste à voir si d'autres productions mexicaines emprunteront cette voie après lui.