Yiya Murano : l'histoire vraie de l'empoisonneuse sur Netflix
Le 23 avril 2026, Netflix ajoute à son catalogue français Yiya Murano : quand le mal infuse, un documentaire qui revient sur l'une des affaires criminelles les plus marquantes de l'Argentine contemporaine. Pas de reconstitution romancée ici : le film d'Alejandro Hartmann s'attaque à un dossier réel, complexe, et qui continue de diviser.
Une empoisonneuse sous la dictature argentine : les faits
L'histoire de Yiya Murano se déroule dans un contexte particulièrement sombre. À la fin des années 1970, l'Argentine vit sous la dictature militaire. C'est dans ce climat que María Luisa Chalcoff, dite Yiya Murano, empoisonne plusieurs femmes de son entourage proche. Le mobile ? Dissimuler des escroqueries financières montées contre ces mêmes victimes. Elle leur soutire de l'argent, puis supprime les témoins gênants.
Les victimes sont des connaissances, des amies, des femmes qui lui faisaient confiance. Ce détail change tout à la lecture du dossier : ce n'est pas une criminelle qui agit dans l'ombre contre des inconnus, mais quelqu'un qui exploite la proximité. La manipulation et la confiance trahie constituent le cœur de l'affaire.
Condamnée, Yiya Murano purge sa peine avant d'être libérée. Ce qui se passe ensuite est presque aussi troublant que les crimes eux-mêmes. Dans les années 1990, elle réapparaît sur des plateaux télévisés argentins, transformant progressivement son image publique en une sorte de personnage populaire, presque captivant. Son charisme naturel finit par occulter, auprès d'une partie du public, la réalité brutale de ce qu'elle avait commis. Les familles des victimes, elles, n'ont pas eu ce luxe.
C'est précisément cette trajectoire — du crime au phénomène médiatique — que le documentaire choisit de documenter. Pas seulement les faits judiciaires, mais la manière dont une société construit, puis consomme, une figure criminelle.
Ce que le documentaire apporte de plus que l'affaire brute
Alejandro Hartmann n'en est pas à son coup d'essai sur ce type de sujet. Avec le même tandem créatif — scénario signé Lucas Bucci et Tomás Sposato, production assurée par Vanessa Ragone et Haddock Films — il avait déjà réalisé Le photographe et le facteur : l'affaire Cabezas et Carmel — Qui a tué María Marta ?, deux documentaires criminels argentins qui ont trouvé leur audience sur la plateforme. Cette cohérence éditoriale n'est pas anodine : Netflix construit clairement une ligne autour des grandes affaires judiciaires d'Amérique latine.
Voici les principaux intervenants qui prennent la parole dans le film :
- Martín Murano, le fils de Yiya Murano
- Horacio Romeo et José Massoni, figures du monde judiciaire
- Rodolfo Palacios, journaliste spécialisé en affaires criminelles
- Chiche Gelblung, figure médiatique argentine
- Virginia Messi, Fernando Cardini et Lía Salgado
La présence de Martín Murano est sans doute l'angle le plus fort du film. Le fils de l'empoisonneuse a consacré une partie de sa vie à exposer publiquement ce qu'il considère comme le vrai visage de sa mère, loin de la figure presque sympathique construite par les médias. Ce témoignage intérieur, familial, apporte une profondeur que les seuls éléments judiciaires ne permettraient pas d'atteindre. Quand on suit des documentaires criminels sur des plateformes comme Netflix, ce type de voix change radicalement la lecture d'une affaire.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Titre | Yiya Murano : quand le mal infuse |
| Date de mise en ligne (France) | 23 avril 2026 |
| Réalisation | Alejandro Hartmann |
| Scénario | Lucas Bucci, Tomás Sposato |
| Production | Vanessa Ragone / Haddock Films |
| Plateforme | Netflix |
Un passage en festival avant Netflix : le BAFICI valide le projet
Avant de rejoindre le catalogue de la plateforme, le documentaire a été projeté le 17 avril 2026 au BAFICI, le Festival international du cinéma indépendant de Buenos Aires. Ce n'est pas anodin. Le BAFICI est l'une des vitrines les plus respectées du cinéma d'auteur et de non-fiction en Amérique latine. Ce passage en festival distingue le film d'un simple contenu de catalogue produit pour alimenter un algorithme.
La volonté affichée est claire : présenter Yiya Murano : quand le mal infuse comme une œuvre documentaire à part entière, construite avec une démarche journalistique et cinématographique sérieuse. Six jours séparent cette projection de sa mise en ligne sur Netflix en France — un calendrier serré qui montre que les deux sorties ont été pensées ensemble.
Pour celles et ceux qui scrutent régulièrement les nouveautés disponibles sur les plateformes de streaming, ce type de documentaire mérite d'être repéré tôt. L'affaire Murano reste méconnue du public européen, ce qui rend le film d'autant plus accessible : pas besoin de contexte préalable pour entrer dans le récit. Si vous êtes sensibles aux productions qui cherchent la frontière entre crime réel et construction médiatique, la série d'horreur vietnamienne Devil's Diner offre un autre angle sur ce que les plateformes proposent actuellement en matière de récits sombres venus d'ailleurs.
Ce qui rend ce documentaire particulièrement utile à regarder, c'est qu'il ne cherche pas à enchanter pour attirer. Il reconstitue, interroge, et laisse la parole à ceux que l'histoire officielle a souvent mis de côté — à commencer par le fils d'une femme dont le sourire télévisuel a longtemps fait oublier les victimes.